Filière du réemploi : j’ai été reçu au ministère de la Transition écologique

Publié le 9 juillet 2026, par Emmanuel Fernandes

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Quelques semaines après l’annonce de la liquidation judiciaire d’UZAJE, j’ai rencontré des membres du cabinet de Mathieu Lefèvre, ministre de la Transition écologique, afin d’échanger sur les raisons de cet échec et, plus largement, sur les politiques publiques menées en matière de réemploi.

Pour rappel, UZAJE est une entreprise qui exploitait plusieurs centres de lavage, dont l’un est implanté au Port du Rhin, à Strasbourg. Il s’agissait de l’un des principaux centres de lavage d’emballages réemployables en France. Chaque jour, jusqu’à 10 000 bouteilles y étaient lavées avant d’être remises en circulation. Cette activité contribuait concrètement à la réduction des déchets et répondait aux objectifs fixés par la loi AGEC, qui prévoit d’atteindre 10 % d’emballages réemployés d’ici à 2027.

Pourtant, malgré ces ambitions affichées, UZAJE a été contrainte de cesser son activité faute de demande. Derrière cette liquidation, ce sont des dizaines de salariés privés d’emploi, des savoir-faire qui disparaissent, un outil de production vendu aux enchères et un signal particulièrement inquiétant envoyé à l’ensemble de la filière du réemploi.

Le greenwashing ne remplace pas une politique publique

Ce que je retiens de cette réunion est simple : la politique de gestion des déchets menée sous Emmanuel Macron relève davantage du greenwashing que d’une véritable stratégie écologique. Elle repose sur les seules forces du marché, là où nous aurions besoin d’une planification écologique robuste, ambitieuse et contraignante, portée par la puissance publique.

Le gouvernement fixe des objectifs ambitieux dans la loi, mais refuse de mettre en place les outils nécessaires pour les atteindre. Au final, il laisse faire le marché.

L’exemple du réemploi est particulièrement révélateur. Aujourd’hui, l’organisation de cette filière repose essentiellement sur les éco-organismes. Autrement dit, ce sont les producteurs eux-mêmes qui sont chargés d’organiser le développement du réemploi. L’État se contente de fixer un cap, puis laisse les mécanismes du marché décider de la suite.

Cette logique atteint aujourd’hui ses limites. Lorsqu’une activité essentielle comme le lavage et le réemploi des emballages n’est pas suffisamment rentable à court terme, elle disparaît. C’est précisément ce qui s’est produit avec UZAJE.

Des objectifs sans sanctions

Autre faiblesse majeure : les objectifs de réemploi inscrits dans la loi sont insuffisamment contraignants.

Les entreprises sont censées progresser vers davantage de réemploi des emballages. Mais lorsqu’elles ne respectent pas ces objectifs, aucune sanction réellement dissuasive n’est prévue.

On ne peut pas espérer transformer notre modèle de production et de consommation avec de simples recommandations. Une politique écologique crédible suppose des règles claires, des contrôles effectifs et des sanctions lorsque les engagements ne sont pas respectés.

Il faut changer complètement de logique

La transition écologique ne peut pas être abandonnée aux seules lois du marché.

Nous devons sortir de ce modèle où l’État délègue l’organisation des filières aux acteurs économiques en espérant que l’intérêt général finira par coïncider avec leurs intérêts privés.

Ce qu’il faut, c’est une véritable planification écologique : un État qui organise les filières, accompagne les investissements nécessaires, fixe des objectifs contraignants et veille à leur respect.

C’est cette vision que nous porterons dès 2027. L’échec d’UZAJE ne doit pas être considéré comme une fatalité. Il doit être le point de départ d’un changement profond de nos politiques publiques.

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