Rétablir l’accès aux chemins de randonnée : NON à la pénalisation de la nature !

Publié le 28 mars 2024, par Emmanuel Fernandes

Assemblée

Nous sommes à Rimbach, au fond de la vallée de la Doller dans le sud de l’Alsace, où j’ai eu la chance et le bonheur de grandir. Nous sommes au cœur des Vosges, sur leur versant alsacien, baigné par le soleil de printemps qui fait ressortir la couleur verte des prés ou blanche des pommiers en fleur. Le rendez-vous a été donné à 10h ce vendredi 22 mars, pour se rendre sur les lieux d’un saccage de la forêt.

Toute cette histoire commence par l’achat de 64 hectares de forêt par un acquéreur privé, le groupement foncier forestier du Wustkopf, en janvier 2024. Dans la foulée, ce propriétaire interdit tout passage sur cette propriété qui est traversée par un chemin de randonnée auparavant très utilisé par les randonneurs et balisé par le Club Vosgien de Masevaux. Alors que des protestations naissent contre cette interdiction de l’accès à la nature, le propriétaire saccage le chemin pour le rendre impraticable : il creuse une tranchée, abat des arbres, soulève des souches, déploie des cordes, installe des caméras de vidéo-surveillance, tague le bois… Je voulais voir l’étendue des dégâts.

Nous sommes un petit nombre : Jeannot de l’association Thur Écologie et Transports, des membres du collectif des habitants de Rimbach opposés à cette privatisation des chemins de randonnée et Florence Claudepierre, conseillère municipale d’Oberbruck. Plusieurs habitants, voyant ce rassemblement, viennent à notre rencontre pour échanger et tous établissent le même constat : cette situation est absurde et choquante.

On imagine bien leur état d’esprit : un chemin que vous empruntez depuis des lustres, balisé par les bénévoles du Club Vosgien, permettant l’accès aux lacs du Neuweiher, ce chemin-là est soudainement interdit à la traversée puis saccagé pour s’assurer du respect de cette interdiction. A bien des égards, on se dit que le législateur a rendu possible cette absurdité, peut-être trop déconnecté du terrain, trop inconscient des incidences d’une ligne d’un texte de loi.

Car oui, tout a été rendu possible à cause d’un article de loi : l’article 8 d’une loi du 2 février 2023, issue du groupe MODEM, le parti de François Bayrou. Cet article met en place une contravention de 4ème classe (de 135 à 700 euros) pour quiconque pénètrerait sur une propriété privée rurale ou forestière. C’est sur cet article que le propriétaire forestier à Rimbach se repose. A l’époque, mon groupe parlementaire, celui des Insoumis (LFI-NUPES), avait alerté sur le danger de cet article et tenté d’empêcher son adoption en votant contre, mais peu importe, les députés de la majorité présidentielle, de la droite et d’extrême-droite ont signé, tête baissée, oubliant le réel.

Le réel, nous y sommes allés et nous l’avons vu avec le sentiment d’une forme de brutalité de la part du propriétaire en question, et d’un énorme gâchis. 

Après quelques bonnes minutes de marche, nous voici arrivés sur les lieux du saccage. Un lieu où des dizaines d’arbres sont à terre, où les racines ont été arrachées pour creuser une large tranchée. Une corde est tendue sur la largeur du chemin. Des tags sont peints pour indiquer « propriété privée ». On nous parle même de caméra de vidéos surveillance permettant au propriétaire, dans le cas où un promeneur serait détecté, de se rendre directement sur place en quad. S’il est vrai que cette forêt lui appartient, force est de constater qu’il s’est donné le droit de la détruire.

Les discussions et nombreux échanges que j’ai pu avoir avec mes accompagnateurs du jour, ainsi qu’avec les villageois rencontrés, ont renforcé ma détermination pour oeuvrer, comme parlementaire, à corriger cette situation ubuesque et insupportable. C’est empli de cette volonté de trouver une solution que j’ai quitté, en début d’après-midi, la belle vallée de la Doller.

Il se trouve que dans le cadre de la niche parlementaire du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, une proposition de loi a été mise à l’ordre du jour : elle vise à abolir cette pénalisation de l’accès à la nature. Cette proposition de loi a été examinée mercredi 27 mars 2024 en commission des lois où j’ai siégé exceptionnellement pour la défendre, au nom de mon groupe LFI-NUPES.

(mon intervention en commission sur Facebook : https://fb.watch/r6gzjDsyIK/)

Aussi, j’ai déposé deux amendements pour créer un droit d’accès à la nature pour que la situation dénoncée dans la vallée de Masevaux ne se généralise pas. En effet, depuis l’adoption de la loi du 2 février 2023, de nombreux panneaux d’interdictions ont été érigés, particulièrement dans le Sundgau, menaçant la continuité de nombreux sentiers balisés. Comme dans les pays scandinaves, je considère qu’un droit d’accès à la nature doit être instauré lorsqu’il ne porte pas atteinte à l’écosystème et à la propriété d’autrui. En rendant à la collectivité des sentiers pratiqués avec respect depuis des générations, comme ce fut le cas pour les sentiers du littoral, je propose une relation qui se veut harmonieuse entre les êtres humains et la nature.

Lors de ces discussions, la droite et l’extrême-droite se sont liées, main dans la main, pour se ranger sans nuance du côté des propriétaires privés qui interdisent l’accès aux randonnées, même balisées. A contre-courant des mobilisations populaires, le parti de Marine le Pen a choisi de déposer un amendement visant à maintenir la pénalisation de l’accès à la nature, se faisant le relai des revendications des grands propriétaires. Il s’agit d’une position extrémiste pour la propriété privée au détriment de millions d’habitués de la nature, qui la fréquentent depuis des décennies en parfaite civilité. Le Rassemblement National, par ce vote, méprise ainsi le remarquable travail des fédérations de randonnée agréées, notamment le Club Vosgien qui s’emploie à délimiter finement la répartition entre nature et activité anthropique. Le RN fait preuve à nouveau de déconnexion avec les territoires ruraux qu’il se targue pourtant de représenter. Quant aux députés macronistes et LR, ils ont fait comme le RN et voté contre la suppression de la contravention.

A noter que le député Schellenberger (du parti “Les Républicains”), pourtant député de la circonscription où se situe Rimbach, et membre permanent de la commission des lois, a brillé par son absence lors de l’examen de ce texte qui visait à avancer vers une solution pour que le chemin vers le Neuweiher puisse, un jour, être réouvert.

Mais la bataille ne s’arrête pas là : je resterai, nous resterons mobilisés pour sauver les chemins de cette privatisation. Quand on sait que 75% des forêts françaises sont privées, on doit agir vite et bien pour protéger la liberté de randonner. Avec la NUPES et toutes les bonnes volonté, nous poursuivons le combat.

Articles similaires

Rencontres de fin de semaine en circonscription

Circonscription
Comme à chaque fin de semaine, j’étais présent à Strasbourg pour rencontrer des habitants et des associations qui font du bien à notre territoire. J’ai eu cette fois le plaisir de revenir au Wagon Souk, tiers-lieu unique en son genre à Strasbourg ! Solidarité, créativité, art, culture, échanges et joie d’être ensemble : c’est un […]
Lire la suite

Soutien aux infirmières libérales et à leurs revendications légitimes

Assemblée
L’an dernier, à peu près à la même période, j’avais interpellé le ministre de la santé, François Braun, sur la situation des infirmières et infirmiers libéraux, oubliés du Ségur et pourtant moteur vital du système de santé. La réponse apportée n’étant pas à la hauteur des enjeux, les infirmières ont décidé de se mettre en […]
Lire la suite

Darmanin : je révèle sa bourde XXL qui met en péril le travail de la police

Circonscription
Darmanin révèle une opération surprise anti-drogue dénommée “Place nette XXL” à Strasbourg, or elle n’aura lieu que le lendemain. Cette erreur de date est une bourde XXL qui permet aux narcotrafiquants de faire place nette pour échapper à l’opération et met en danger les policiers en charge de l’opération. On pourrait en rire si ça […]
Lire la suite