Mort de Nahel, violences systémiques et émeutes

Publié le 3 juillet 2023, par Emmanuel Fernandes

Assemblée

Vous le savez, les quartiers populaires se sont embrasés suite à la mort de Nahel, abattu par un policier à bout portant lors d’un contrôle. S’il faut évidemment attendre l’issue de l’enquête et de la décision de justice pour y voir plus clair sur les circonstances de ce drame, il faut également dénoncer les émeutes, pillages et biens qui ont été brûlés qui ont entrainé peur et confusion auprès de personnes qui n’avaient rien à voir avec la situation actuelle.

La situation actuelle ne peut être traitée sous le prisme actuel des médias, qui veulent créer deux camps et racontent un récit blanc ou noir. Il est essentiel de se poser la question du pourquoi de ces événements, d’essayer de comprendre les racines profondes, de lever les tabous sur les problèmes dans les quartiers et dans la police, sans pour autant essayer de mettre quelqu’un dans un camp ou dans un autre.

J’ai bien conscience qu’il est difficile de se poser ces questions alors que le pays traverse des émotions fortes et contrastées. La mort de Nahel a choqué tout le pays, les émeutes et les pillages qui s’en sont suivi également. Mais se poser la question du pourquoi est indispensable pour comprendre les racines profondes du problème.

Présent à la minute de silence devant l’Assemblée Nationale en mémoire de Nahel et en soutien à sa famille

Certains nous expliquent que le problème de la délinquance est l’immigration. Je tiens à rappeller que les jeunes qui ont conduit ces émeutes sont dans la plupart des cas français. Par ailleurs, cette vision est extrêmement réductrice : lier immigration et délinquance implique de résumer la délinquance à une ethnie, à une couleur de peau. C’est la définition même du racisme de considérer que son comportement ets inscrit dans son patrimoine génétique. La violence n’est PAS le fait d’une origine ou d’une couleur de peau, c’est un fait social !

Si les quartiers populaires se sont embrasés, c’est justement parce que ce sont des quartiers populaires, en d’autres termes, des quartiers avec une concentration de population plus pauvre qu’ailleurs. Concentrer des personnes ayant des difficultés sociales entraîne par nature plus de violence, un sentiment d’abandon et donc de rejet de la République. Par ailleurs, les populations les plus pauvres sont issues de l’immigration, que ce soit directement soit par ascendance. C’est pour cette raison qu’on en retrouve une forte concentration dans les quartiers populaires.

Mon communiqué lors du déclenchement des émeutes

C’est donc parce que la pauvreté touche d’avantage les personnes d’origine étrangère que ces personnes vivent dans des quartiers populaires et qu’on se retrouve avec plus de délinquance dans ces endroits. Mais alors, pourquoi sont-ils plus pauvres dans les quartiers ? Est-ce, comme le prétendent certains, ce serait parce qu’ils sont fainéants ou qu’ils préfèrent profiter des allocations familiales ?

Evidemment non. Les facteurs de l’exclusion de ces populations du monde du travail sont multiples, mais toutes les études sur le sujet convergent vers un même point : la discrimination globale vécue par ces population. Que ce soit pour une recherche de travail (Mohammed à infiniment moins de chance de trouver un emploi que Jean-Louis, à poste et compétence égale) ou lors des contrôles de police, le système met tout en place pour les faire se sentir comme des citoyens de seconde zone.

Le taux de chômage tourne autour de 40 à 50 % dans certains quartiers populaires. Rappelons également que, contrairement à ce qui est martelé par les médias, il n’y a que 500 000 emplois disponibles pour 6 000 000 demandeurs d’emplois, soit un poste pour 20 personnes ayant besoin d’un travail. Alors non, il ne suffit pas de traverser la rue pour trouver un travail.

J’étais présent à la marche blanche pour Nahel. La question posée sur cette pancarte est frappante et montre toute la défiance entre la population et les forces de l’ordre.

A ce problème économique vient s’ajouter le problème de stigmatisation de la police, représentant l’Etat. Oui, il y a un problème aujourd’hui avec la police : il y a eu 16 tirs mortels en 1 an et demi pour refus d’obtempérer en France, contre 1 en Allemagne en 10 ans. Il y a des contrôles au faciès. Il y a un racisme latent dans la police, pointée par toutes les ONG et même l’ONU récemment dans un rapport !

Il est temps de revoir le fonctionnement de la police du sol au plafond, de leur apporter les moyens de travailler convenablement, de mettre en place une formation initiale et continue de qualité, de réorienter leur action sur l’essentiel et non plus sur la recherche de petits délits par pur calcul politique et clientéliste. Il est temps de mettre en place le récépissé de contrôle d’identité. De remettre en place une police de proximité, Républicaine et qui défende les valeurs de notre République : liberté, égalité, fraternité.

Expliquer les causes sociales, notamment l’exclusion du monde du travail et les discriminations policières que vivent ces personnes au quotidien ne revient pas à cautionner les agissements de casse. Il est temps d’élever un peu ce débat. Notre priorité doit être de résoudre les causes profondes de cette colère, sans quoi aucun appel au calme ne saurait être efficace.

Retrouver un extrait de mon intervention au micro de France Bleu ci-dessous et mon intervention complète en cliquant ici.

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