Sabotage industriel, fausses promesses et désindustrialisation : le cas Dumarey Powerglide Strasbourg

Publié le 30 avril 2026, par Emmanuel Fernandes

Circonscription

En ce jour du 1er mai, journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et travailleurs, je souhaitais revenir sur le cas de Dumarey à Strasbourg qui illustre parfaitement ce que le macronisme a fait de pire pour ce pays, notre ville et au détriment de ses travailleureuses. 

Dumarey Powerglide Strasbourg (DPS), c’est bien plus qu’un simple dossier industriel local. C’est le symbole d’un modèle économique à bout de souffle : celui du capitalisme de prédation, des aides publiques sans contreparties, et de la désindustrialisation organisée, faite dans la pagaille.

À Strasbourg, ce sont près de 600 emplois qui ont été sacrifiés. Derrière ces chiffres, ce sont des centaines de familles, des savoir-faire industriels précieux, et tout un territoire, Strasbourg et alentours, qui vacille.

Dumarey Powerglide Strasbourg : chronique d’un sabotage industriel

DPS est une entreprise historique spécialisée dans la production de boîtes de vitesse. Un savoir-faire industriel de haut niveau, au service de l’industrie automobile depuis des décennies. Cette entreprise a pu employer jusqu’à 2500 salarié•es en 2013, il y a à peine 13 ans. Rappelons qu’un emploi industriel génère 3 emplois dans les services. 

Mais cette entreprise portait en elle une fragilité majeure : sa dépendance à un seul client, un équipementier automobile allemand, ZF. Le Comité social et économique (CSE) avait alerté depuis longtemps : lorsqu’une entreprise dépend presque exclusivement d’un seul donneur d’ordre et de surcroît, d’un produit quasi unique (“tous les oeufs dans le même panier” avec la boîte 8HP), la perte du contrat devient une menace existentielle.

C’est exactement ce qui s’est produit.

Après le rachat du site à General Motors en 2013 par Punch Powerglide – devenu en 2023 Dumarey Powerglide – contrôlé par un industriel belge davantage guidé par une logique financière que par un véritable projet industriel, l’entreprise a fini par perdre son principal contrat.

Aucune vision stratégique, aucune diversification sérieuse, aucune anticipation.

Le résultat était malheureusement prévisible.

Pour accompagner cette perte de contrat, un accord a été signé, avec près de 60 millions d’euros censés soutenir les près de 600 salarié•es et accompagner la transition. Cet argent semble avoir été financé notamment par la vente des machines outils du site – cassant ainsi définitivement les espoirs de reprise en raison de la délocalisation de l’outil de travail. 

Mais cette promesse ressemble aujourd’hui à un immense leurre.

D’après un article de Rue89Strasbourg paru le 27 avril 2026, cet argent semble introuvable, son utilisation reste opaque. Les représentants des salarié•es peinent à obtenir des réponses claires. Tout est caché, tout est verrouillé et l’État via son administration déconcentrée est impuissant. 

Comment accepter qu’autant d’argent soit mobilisé sans transparence, alors que des centaines de salarié•es vivent dans l’angoisse de la perte de leur emploi ?

Un fleuron industriel sacrifié

L’usine strasbourgeoise a longtemps été un pilier industriel majeur.

Elle a compté plus de 2 500 salarié•es lorsqu’elle appartenait encore, jusqu’en 2013, au géant américain General Motors, avant d’être reprise par le groupe belge Punch Powerglide, devenu Dumarey Powerglide en 2023.

Pendant des décennies, cette entreprise a maîtrisé une technologie de pointe. Elle représentait un véritable fleuron industriel, un équipementier reconnu de la filière automobile française et européenne.

Sa disparition annoncée contredit frontalement le récit macroniste selon lequel la France serait en pleine réindustrialisation.

Car sur le terrain, la réalité est tout autre : fermetures de sites, suppressions de postes, sous-traitants abandonnés, bassins industriels fragilisés.

Pire encore : Dumarey Strasbourg a bénéficié de 25 millions d’euros d’argent public, sans que l’on sache précisément à quoi ces aides ont servi.

Des millions d’euros versés sans contrôle sérieux, pendant que les salarié•es voient leurs emplois disparaître.

Dans le même temps, les grands donneurs d’ordre continuent de percevoir des aides publiques tout en réalisant des profits considérables.

Cette situation est inacceptable.

C’est pourquoi mon mouvement et moi défendons une mesure simple : les aides publiques aux entreprises doivent être conditionnées au maintien de l’emploi, à l’investissement productif et à des engagements sociaux et écologiques concrets.

L’argent public ne doit jamais financer les licenciements.

Une filière automobile en mutation… mais l’abandon politique n’est pas une fatalité

Oui, la filière automobile européenne traverse une transformation profonde.

Avec l’interdiction de la vente de véhicules thermiques neufs en 2035 dans l’Union européenne, les constructeurs ont dû prendre le virage de l’électrique.

Mais ce virage a été mal anticipé.

Les constructeurs européens se sont souvent lancés tardivement, parfois sans véritable stratégie industrielle cohérente. Ils produisent aujourd’hui des véhicules souvent trop chers, peu accessibles pour les classes populaires et les classes moyennes.

Pendant ce temps, la concurrence chinoise s’est fortement renforcée.

Mais cette situation n’est pas une fatalité technologique : elle est aussi le résultat d’un abandon politique.

L’État aurait dû planifier cette transition, organiser les reconversions, protéger les sous-traitants, investir massivement dans l’appareil productif.

Au lieu de cela, Emmanuel Macron applique une vision libérale de “destruction créatrice”, où la disparition d’industries entières serait une simple logique macro-économique.

Résultat : des dizaines de milliers d’emplois industriels supprimés, notamment chez les sous-traitants automobiles comme DPS.

Bien sûr, Dumarey a subi ce virage industriel.

Mais cela n’explique pas tout.

Quand 85 % des commandes dépendent d’un seul client, ce n’est plus seulement une difficulté de marché : c’est une faute stratégique majeure.

J’ai été sur le terrain, aux côtés des salarié•es

Ce dossier marque profondément mon mandat.

Il s’agit du plus important plan de licenciement sur ma circonscription depuis des décennies.

Je n’ai pas voulu être un député spectateur.

J’ai été sur le terrain, au contact des salarié•es, des syndicats, des représentants du personnel.

Avec mon groupe parlementaire et avec La France insoumise, nous avons soutenu le mouvement de grève.

J’ai été à Bercy pour soutenir les salarié•es de Dumarey. J’étais également présent au Salon de l’Automobile lorsqu’ils manifestaient pour faire entendre leur voix.

Je continuerai ce combat.

Je me bats pour une industrie française robuste, capable de produire ici, de garantir des emplois stables et durables, et de développer les technologies de demain.

Je me battrai pour que les aides publiques soient conditionnées au maintien de l’emploi.

Je me battrai pour que la France reste un grand pays industriel.

Cela suppose de rompre avec le capitalisme de prédation, de sortir des logiques court-termistes, et de reconstruire une véritable planification industrielle de long terme, utile socialement et écologiquement.

Parce que l’industrie n’est pas le passé.

Elle est l’une des clefs de notre avenir.

Emmanuel FERNANDES 

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